•           Chaque été, moi et quelques galopins nous allions chaque jour sous le pont de l'Oued M'zi, rivière qui passe à coté de la ville de Laghouat. En fait, c'est une rivière asséchée la plupart du temps sauf quand il pleut beaucoup elle est en crue. Sur le lit de l'Oued, les propriétaires des jardins construisaient un barrage en sable destiné à retenir les eaux non pas pluviaux mais d'une source qui coulait en amont, d'où l’appellation rouss layoune ( sources). Ces eaux seront acheminées par des séguia et serviront à l'irrigation. Donc, nous partions, vers notre "plage". Nous prenions le bus qui nous déposait assez loin et nous continuions à pied, parfois nous y allions à vélo. Une fois sur le lit de sable, nous allions vers la digue. Elle occupait une partie du lit de la rivière. Le reste c'était le sable. C'était un endroit des plus chers pour nous. Il nous permettait de s'évader, de se libérer, de se délivrer même des ruelles du Schettet , quartier aimé par tous mais cela n’empêchait pas qu'il nous étouffait donc on avait besoin d'espace. Et cet espace c'était sous le pont. Nous nous baignions bien sur, c'est le principal divertissement. On se prélassait au soleil. On se chamailler, on rigolait. On était heureux. Un peu plus tard, j'alais à la pêche. J'avais une "ligne" rudimentaire: un fil, un hameçon et un petit roseau. Je réussissais à attraper quelques poissons. Et les interminables matchs de foot, de volley, de hand, des courses à pied. Vers 13h on mangeait nos casse croutes. Quelques uns faisaient la sieste d'autres continuaient à se baigner. Dans le chemin de retour, nous passions toujours par le pont où il y avait un robinet d'eau douce. On se désaltérait et se lavait puis nous rentrions à pied parce que le bus s’arrêtait à 16 heures 30 et il était impossible pour nous de nous tirer de la "plage" à cette heure.

          C'était sous le pont de l'Oued M'zi. Et dire que maintenant c'est un véritable désert.

     


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  •                                                                           La fièvre du Souk
              Chaque vendredi matin, au bord de mon camion DFSK "dair rouhou camiou" comme certains l'appellent, je me dirige vers le marché de la ville de Laghouat. Il est situé au sud ouest de la cité. Une dizaine de minutes, sur la Nationale 1, vers Ghardaia et j'y suis. Le Souk a trois (3) entrées principales; celle du quartier Ksar El Faroudj, à l'est; celle au nord, de la Mamourah et celle à l’ouest , sur la nationale1, celle que je prends d'habitude. Cette entrée est utilisée par les bus qui ramènent et emmènent les gens dans et hors du marché. Des gens de la commune de Laghouat (chef lieu de Wilaya) bien sur, mais aussi d'autres communes de la Wilaya (département). Je gare mon véhicule pas loin et j'y vais à pied. Des centaines de véhicules sont stationnés partout d'une manière anarchique.Tout le marché n'est qu'anarchie concrétisée. Des femmes et des hommes descendent des bus et prennent le marché à l'assaut. Ce moutonnement humain change d'aspect chaque semaine et même chaque heure. Des femmes en petit groupe, d'autres avec des enfants qui trainent derrière elles; ces bambins doivent se demander ce qu'ils foutent dans cet endroit. Parfois des femmes seules ,surtout des vieilles, d'autres encore portent dans les bras un bébé, se hâtent d'arriver avant les autres. Des hommes de tout âge et de différent niveau social arrivés par bus ou par voiture se pressent . Il y a aussi les habitués; hé oui, ceux qui ne ratent jamais le Souk. Des mordus. C'est la fièvre du Souk. C'est la fête au village. Un marché plein à craquer où l'ancien côtoie le moderne. Un marché aux puces où les couleurs de la marchandise exposée, le bruit infernal des klaxons et des cris des hauts parleurs qui font la réclame, se mêlent à la poussière soulevée, et créent une sorte de féerie difficile à imaginer. Une féerie locale qui n'existe nulle part ailleurs. Elle est typiquement laghouatie.

      C'est le Souk

             Dans cette "ambiance", sur les deux cotés de la route où sont garés des véhicules touristiques et utilitaires, il y a ce qu'on appelle "la ferraille", il s'agit en somme de portes , de fenêtres, d'appareils ménagers et électroniques, des meubles... Des articles parfois neufs, parfois plus ou moins usés. Sur le coté gauche, un petit cordonnier noir assis sur une pierre en guise de siège, un homme qui vend du tabac à priser, un autre homme a étalé devant lui plein de petites choses : lame de scie; boite qui ne sert à rien, des chiffons..Un autre plus loin, sur une sorte de charrette, il vante plein d'objets : des piles, des montres, des lames...Deux gosses vendent des manuels scolaires posés sur le sol. Une multitude de choses à vendre qui change chaque semaine. Des trésors. On peut tomber sur des antiquités qui sait. C'est ça le Souk.

       Tout se vend, tout s'achète

             Au milieu de cette route à double sens, sur une sorte de trottoir sont posées des choses: des planches, des madriers, des étriers pour le chainage des constructions d'habitation, des pneus et encore d'autres choses. Au risque de le répéter, toutes ces "marchandises"changent d'un vendredi à un autre. A gauche, pas loin  de l’arrêt improvisé des bus, un camion vend des plantes et surtout des fleurs s'il vous plait. Je continue donc à m'aventurer à l'intérieur du Souk. A certains moments de l'année, comme à l'approche du Ramadan ou à la rentrée des classes, il faut jouer des coudes pour passer; il y a foule. Il faut aussi faire attention aux pickpockets.  Sur ma gauche, les marchands de dattes, devant leur mustang.. hé excusez moi devant leur camion ne font pas beaucoup d'effort pour faire de gros bénéfices. on y trouve du Ghars (الغرس) ( une pâte de dattes) jusqu'à la célèbre Deglet Nour de Tolga. Plus haut encore, on vend des petites bêtes surtout des lapins dans des cageots aménagés, des poules et des coqs, pattes liées. Mais aussi des dindons, des canards. Je reviens sur la fameuse route où sur le coté gauche deux "trucs" pour se restaurer, ce sont des billets express  à l’hôpital. Deux tentes, l'une à coté de l'autre, on ne peut trouver plus sales, où on vend des frites, des œufs durs et du "choua" ( des grillades) à vous couper l'appétit pour au moins un mois. Bonne chose pour maigrir. A quelques mètres de là, le marché des légumes et des fruits de la saison qui proviennent pour la plupart des environs de la ville, qui sur des étalages, qui sur des véhicules utilitaires, qui sur le sol même vendent leur produit. Pendant l’automne et l'hiver les carottes et les navets sont partout.En été c'est les aubergines qui règnent.  Entre les deux voies de la dite route, un camion frigo offre des œufs à des prix abordables. Plus loin encore, une sorte de rond point avec un tournant vers la droite qui mène hors du Souk, A droite au marché des automobiles. A quelques 500 mètres de ce marché vers le sud, c'est la vente des bestiaux, surtout des moutons et des chèvres , et un autre mène au nord, vers une autre partie du Souk que nous allons visiter.

    Les (dé) gouteurs

                Au coin du rond point, un jeune vend du leben ( petit lait). Il a une charrette devant lui, sur laquelle sont posés des Berthes à lait  pleines de leben. Un pichet à lait et un verre  à coté, une assiette dans laquelle du fromage en forme de galette enveloppé soigneusement dans un morceau de plastique, un énorme sac de toile rempli de bouteilles en plastique qui attendent d’être remplies de leben. aucune mesure d'hygiène n'est prise. En plus de la saleté de l'endroit même où se trouve ce vendeur du leben, de la personne elle même qui n'est pas propre. En plus de la poussière et des mouches , il y a plus grave encore: les gouteurs. Des personnes qui goutent le petit lait et laissent un peu dans le pichet et ce "peu" est remis dans la Berthe.  Ces dé..gouteurs s'en fichent pas mal de l'hygiène. Parfois le liquide coule sur les lèvres et sur le menton. Je n'ai jamais compris leur geste. Ces dé..gouteurs, on les retrouve un peu partout dans le marché. Ils goutent des dattes, des mandarines. Ils peuvent gouter à tout si on les laisse faire. Donc, quittons cet endroit sinon on risque de perdre connaissance en plein Souk. Rangés des deux cotés de la route en allant vers le nord, les fruits et légumes sont étalés pratiquement sur le sol. Au bout, de ce marché improvisé, des habits et des chaussures font bons offices.

     La friperie

              Je prends vers l'est, c'est à dire, je me dirige vers le quartier Ksar El Faroudj, sur mon chemin, des jeunes  vendent des chaussures et derrière eux , la friperie, une partie importante du marché. La friperie a la part du lion dans le Souk, du point de vue surface et nombre de visiteurs. Sur plus d'une centaine de lits de camps sont déposés les vêtements; des pulls, des chemises, des pantalons, des vestes ... pour hommes, femmes, enfants, on a que l’embarras du choix. Des habits qui ont été déjà utilisés font le bonheur surtout des petites bourses. Sont ils sans danger? Je ne sais pas. Deux ou trois lits de camp sont destinés aux vieilles chaussures. Toute une foule, debout devant les lits de camp remue les tas d'habits. Chaque fois qu'une personne trouve un vêtement qui répond à ce qu'il veut, il le met sur le dos et continue la recherche. Les marchands travaillent par équipe, il y a toujours quelqu'un juché sur le "mirador" en haut d'une voiture. Il a une vue générale sur cette partie de Souk ce qui lui permet de surveiller car les chapardeurs ne manquent pas.

    Les vendeurs de l'air

                Où que je sois, j'entends la voix de ces hommes (rarement des femmes) qui vendent des remèdes pour toutes les maladies et tous les maux de la terre. Ce sont des charlatans qui utilisent la religion car ils savent très bien que les gens (simples) ne restent pas indifférents au Coran et aux hadiths. Généralement ces "guérisseurs" déforment la parole d'Allah et du prophète, salla Allah alihi wa salam. Ils emploient la vérité pour induire les gens en erreur. Ils s'installent n'importe où dans le marché, un micro à la main, ils vantent leur produit, ce sont des beaux parleurs. De nombreuses personnes, des badauds, se rassemblent autour d'eux. Ils proposent à leur "patient" de gouter à leur "médicament" et on retrouve ici, les fameux (dé-)gouteurs dont j'ai parlé plus haut. Vers 11 heures, ils plient bagage. Ils ont tout vendu.

          Salam alikoum

               Je quitte la friperie. Je continue vers le nord. A ma droite, de la ferraille. A gauche, des ustensiles de cuisine, des appareils électroménagers et électroniques neufs. Plus à l’intérieur du marché, des meubles, des matelas, des couvertures. Que du neuf et à des prix assez intéressants. Un camion DFSK descend la route, un autre monte. C'est l'anarchie. Je suis fatigué. Trop d'animation, trop de vacarme ça vous assomme. Je rebrousse donc chemin, je prends un raccourci. Je retrouve mon camion et je rentre chez moi. Et Salam alikoum.

                                        Le Souk de Laghouat

     


     


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  •           Le  porteur d'eau est un métier très ancien et très répandu dans le monde. En France, par exemple, cette profession a survécu jusqu'au début du 20ème siècle, au Maroc , on l'appelait le Guerrab. On le retrouvait un peu partout dans le monde. Il a complètement disparu.

           Mais, à Laghouat, le seul Guerrab, l'unique porteur d'eau que j'ai connu et que ceux de ma génération ont connu c'est bien Zawaii. Un vieil homme chétif, de petite taille, avec de belles moustaches inoubliables. Des moustaches qui remplissaient presque tout son petit visage auquel étaient accrochés des yeux petits mais intelligents, avec un sourire malin. Tout était mal agencé en lui. Quand il marchait, il avait l'air de courir. Mais il ne courait jamais.  Les bras toujours tendus et le cou bien rempli tel un haltérophile. Je ne l'ai entendu parler que très rarement. Il transportait de l'eau sur demande à qui le désire et on le payait . Il utilisait une grande roue en bois dont le pourtour était enveloppé dans de la toile et deux gros bidons en fer. La roue servait à empêcher les seaux de heurter les jambes du transporteur et le gêner. Zawaii tutibait à l'intérieur de la roue, entre les deux seaux. Je le revoyais toujours habillé de la même manière : Une grosse veste, une sorte de blouse qui lui descendait jusqu'aux genoux, un pantalon très large. Parfois, quand il fait chaud, il portait un chapeau de paille. Ah j'ai oublié, un chach blanc, enfin il devait être blanc autour du cou.

          Zawaii aller chercher cette eau si indispensable à la vie de tous les jours à la fontaine publique de Rahbet Sidi Cheikh ou Rahbet Douidi, selon le client. Ces fontaines étaient pratiquement toujours encombrées, il devait parfois attendre longtemps son tour parfois, on le laissait passer.

          Zawaii allah yarhmou.


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  •      La ruée vers le Nebeg ( le jujube) Qui de ma génération ne connait pas le Nebeg, fruit comestible vert puis rouge à maturité,   charnu du Sedraia, jujubier commun ? Un peu moins grand qu'une olive, le Nebeg constituait  pour  nous, un peu d'argent de poche et surtout une place dans la salle de cinéma locale. 

           La veille du départ au Khneg, en fait le Kheng est un beau village, une commune beaucoup plus loin que le lieu où nous allions "cueillir" le Nebeg. C'était et c'est toujours un oued (rivière) généralement asséché où poussait à l'état sauvage le jujubier épineux. Nous partions de bonne heure, c'était une véritable aventure pour nous. Nous emportions avec nous de l'eau qui sera vite consommée en route et des sacs de toile destinés à contenir le Nebeg. En cour  de route, nous nous arrêtions devant un puits pour s'alimenter en eau. Nous employions  des moyens de fortune : un fil de fer attaché à un bidon en plastique ou en fer, servira à faire une provision d'eau . Une fois arrivée, la cueillette commençait et attention aux épines et parfois aux scorpions. Nous nous mettions à quatre pattes pour passer sous les branches trop basses et balayer sous la sedraya ( jujubier commun)  puis nous frappions à coup de bâton les branches pour faire tomber le fruit que nous ramassions. Une fois nos sacs de toile remplis, nous rentrions chez nous pour vendre notre butin si chèrement acquis.

          La vente du Nebeg prendra une journée ou plus. Un centime le verre de Nebeg ça nous faisait dans les 1 dinar actuel pour tout le sac enfin c'est juste une place X au cinéma.


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  •          La Mahdra, école coranique, de Si Hadj Mabrouk Allah yarhmou, était au premier étage, juste à coté de l’écurie Si Laala. C'était une assez grande salle rectangulaire, très rudimentaire. Le plafond était constitué de troncs d'arbres, principalement des palmiers. Les murs peints à la chaux blanche.  Le parterre était couvert de deux grandes ahsirates, genre de tapis en halfa. Au fond, de la salle , un tableau accroché au mur. Le taleb, Si Al Mabrouk, était assis, juché plutôt, sur une caisse qui a servi à l'emballage du thé vert. On lisait encore, sur un coté, un peu effacé " thé vert de Chine". Une assez grande ouverture faisait fonction de fenetre.Nous étions plus d'une centaine de garçons, serrés, emmitouflés dans nos cachabias, en train d'apprendre ce que nous avons écrit hier sur nos lawouhettes. Les lawouhattes, singulier,lawouha ou louha , c'est des planches assez lisses de forme généralement rectangulaire, aussi grandes qu'une ardoise, sur lesquelles nous écrivions les versets du Coran que le Taleb nous dictait ou parfois nous les recopions du Mashaf, le livre saint. Pour écrire,nous utilisions une encre faite à base de laine à moitié brulée (loudah) à laquelle nous ajoutions de l'eau ( le smak) et en guise de plume, un morceau de roseau taillé à cet effet (un gouloum ou gloum) chacun de nous avait sa petite douwaia ( encrier) de smakh et son gloum. Une fois les versets écris sur la louha appris, nous allions les réciter au Taleb qui va nous donner l'autorisation d'effacer la louha pour continuer la Sourate. Pour effacer la louha, nous utilisions une sorte d'argile jaune ou blanche imbibée d'eau et nous laissions la louha séchait au soleil.

              Les Mahdras, ( lagraiat ) ont joué un rôle des plus importants. En effet, elles ont participé et participent encore à préparer les jeunes à affronter la vie. Elles leur ont aussi appris des valeurs sures : l'amour de la patrie, la solidarité, la communication, la sociabilité.. Mais surtout, elles ont joué un rôle important  dans l'ancrage de l'identité algérienne et de la préservation les jeunes de toute  acculturation pendant l'époque où l'Algérie était colonialisée. Pour terminer ce billet des plus modestes, je peux dire que l’école coranique a formé des citoyens, parfois l'élite, capables d'assumer les plus hautes responsabilités.

            La graya ou mahdra de Si Mabrouk nous a bien façonnés. Personnellement, elle m'a tellement marquée que chaque fois que je fais un tour au Schettet, je fais une pause pour me recueillir et me rappeler Ma Mahdra et aussi de rendre hommage à ce notable et grand homme qu'était Taleb Si Al Mabrouk.


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