J'ai beaucoup parlé du Schettet, le quartier où j'ai passé une bonne partie de ma vie, le berceau de ma jeunesse. Ce quartier que je ne reconnais plus et qui ne me reconnait plus. Je viens de découvrir, hélas, que ce n'est pas seulement ce quartier qui m'est devenu inconnu mais toute la ville de Laghouat. C'est devenue une ville sans cachet, sans âme. Où est - elle, cette ville que nous appelions "le bled"? Où chaque jour, nous nous rencontrions dans la placette des oliviers " Rahbat azaitoune", totalement différente de l'actuelle. Nous prenions un thé à la menthe dans le café "Hadj Deni". Un thé , un vrai. Cette placette avait une âme, elle vivait en nous et nous en elle. C'était le cœur de la ville. Une ville que je ne reconnais plus. Elle a tellement changé. Vous allez me dire que c'est normal, c'est le progrès. Hé oui, le progrès qui a tout détruit sur son passage. C'est beau le progrès. Laghouat, la ville des nobles, Laghouat, la ville de l'hospitalité, qu'en reste -t- il ? C'est devenue, à l'image des autres villes du pays, une ville anonyme où l'intérêt a pris le dessus, où s'est installé un proverbe très nouveau "si tu as un sou, tu vaux un sou " ou encore, en falsifiant le Hadith du prophète , que la prière et le salut soient sur lui, " Si celui qui demande la main de votre fille possède dinars et dollars acceptez qu'il soit votre beau fils".
Quand je marche dans les rue de ma ville , Laghouat, j'ai l'impression d'être étranger dans ma ville. J'ai l'impression que quelque chose va m'arriver, il y a tellement de gens, de magasins, de voitures, de cris, de bruits. C'est devenu tout un monde, ma petite ville paisible. Je suis dans une ville inconnue. Une ville presque fantôme. Et quand je retrouve quelqu'un que je connais, j'ai l'impression de sortir la tête de sous l'eau.