• 'ssfendj de Bentissa

         'ssfendj de Bentissa   Quand j’étais gosse, il y avait un homme que j’admirais beaucoup, un homme humble, simple, très généreux et surtout fier de ce qu'il était : Bentissa allah yarhmou, d’où venait cette admiration ? Certainement parce que c’était le pâtissier du coin et aussi pour toutes ses qualités humaines. C’était le seul qui préparait le 'ssfandj (beignets) et la zlabia. Il avait une petite boutique dans le Schettet El Gharbi, juste à coté de Rahbet (place) Douidi en allant vers l'ouest. Chaque matin, sur notre chemin vers la mahdra ( école coranique) nous dégustions avec les yeux le tas de beignets chauds et dont l'odeur sentait à mille lieux de là, que Bentissa avait préparés à l'aube. Nous n'avions pas les moyens d'en achetés alors moi et mon frère, nous prenions toujours une petit pause pour regarder les beignets et regardaient aussi les rares acheteurs.  Parfois, avec de la chance, nous tombions sur un de nos voisins qui nous donnait un beignet parfois deux. Ces beignets étaient réputés d'autant plus qu'il était sans concurrent. Beaucoup plus tard, un tounisi  Si Mabrouk (tunisien) s'est installé pas loin de lui mais quand nous voulions un beignet, il n'était pas question de chercher, c'est chez Bentissa car il était le meilleur.

           Quelques jours avant le Ramadhan, le mois sacré, il peint à la chaux blanche sa boutique et la porte en vert. Il prend toujours un petit congé avant le Ramadhan parce que Zlabia oblige. Personnellement,  les préparatifs de Bentissa, me confirmaient que le Ramadhan n'était pas loin.

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  • Commentaires

    1
    h'med B
    Jeudi 19 Février 2015 à 16:15

    Bonjour mon ami!J'en ai les larmes aux yeux rien qu'en lisant le nom de ce personnage d'une grande humanité qui avait une grande importance dans notre enfance au Schettet d'antan.Oui ,les temps n'étaient pas faciles pour tous durant cette époque de feu .Mais en ce temps là ,des hommes comme Si Bentissa Allah yarehmou avait cette grandeur de l'âme et beaucoup de générosité dans le coeur ,il avait ce grand pouvoir d'essuyer les larmes du petit pauvre et de l'orphelin qui se rendait à la mahdra tot le matin par ce geste magique et majestueux 'offrir' gracieusement ;rendant ainsi le sourire au petit malheureux et remplissant son petit ventre vide qui criait famine avec un beignet chaud .Oui mon ami ,c'était le meilleur beignet du monde,j'en ai encore le gout dans la bouche.

    2
    Jeudi 26 Février 2015 à 07:11

    Très beau souvenir ! merci Taha , merci H'med !  Comment ne pas rester nostalgiques de cette période bénie qui nous manque par les belles valeurs que nous ne voyons plus, malheureusement.

    3
    Benmessaoud
    Jeudi 26 Février 2015 à 08:37

    Histoire passée du beignet chaud

    "Ya karaiii jibila nijja", c'était littéralement "Lève-toi, mon pied, apporte moi des beignets". J'étais gosse, titubant encore, sortant de l'âge de la nourrisse. A l'aube, j'obligeais ma grande sœur à se lever. Je criais pour que mon père daigne me donner quelques douros pour en acheter. La pauvre sœur me portait sur son dos, vaincue par mes mes cris et mes doléances nocturnes persistantes et assidues, dès l'aube, qu'il fasse chaud ou froid. Gosse, benjamin, je faisais des siennes. Adulé, mes demandes n'étaient pas refusées. Mon père de situation modeste, Chikh Daoud, se tirait quand-même d'affaire, avec son épicerie au shettet. Il  pourvoyait  les shetétiens en semoule, beurre rance, café, huile en vrac. Il s'en allait quérir la précieuse marchandise pour ses clients de Djelfa, via le transport privé de Choul Ben arrar, ou occasionnellement à l'aide du fourgon branlant   de Hocine l'Oranais. Il pouvait débourser pour moi pour obtenir "les plus beaux beignets du monde". Et ma sœur pour se consoler de sa peine journalière et de son sommeil coupé chaque jour, me récitait une chansonnette à sa façon. Elle refrénait "Ya Jaabli el haathat, nouthrebek bi mouchouhatt, talga rouhouk fi Dhayt el Aghouat"يا جبلي الحطحاط نذربك بي مشحاط تلقى رودك في ضايت  

     

    الأغواط. Et j'obtenais mes beignets et pour moi et pour la famille, chez Bentissa Alla ya rahmou. C'était la belle époque, malgré la misère, l'occupation et les privations ! 

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