•            A ma connaissance, et en connaissances de causes, il y a d'abord la grande Séguia celle qui prend départ du barrage de sable. Puis partent des Séguias secondaires: une vers le sud, jusqu'au jardin de Si Al Hadj Kadda allah yarhamou, une autre vers l'ouest, derrière le lycée El Ghazali, jusqu'au jardin de Ben Djerba. Enfin, une troisième  desserve toute la ville. 

             La Séguia a disparu. C'est un prestige qui a disparu.

            Les sept portails ont aussi disparu. Le sefirdj, la porte d'Alger ne sont plus que des souvenirs. De beaux souvenirs.

          Je vous propose dans l'encadré, un beau texte écrit par H'Med B.

     

            "La seguia d'antan, Un mois d'avril à Laghouat; le cerisier, le grenadier et l'abricotier s'ornent de leurs parures et s'embaument de leur parfum enivrant, la seguia leur joue une sérénade avec ses eaux limpides tout en les captivant avec les scintillements de ses vagues.

    L'oiseau (El Meknin) en profite de ce manège de couleurs et d'odeurs pour amorcer son carnaval d'amour afin de courtiser celle avec qui il va bâtir son nid où vont naitre ses petits; ce paradis terrestre qu'était Laghouat n’est hélas que dans mes souvenirs !"
                                          Publié dans Art et culture                               Source : http://ancienssportifsdelaghouat.over-blog.com                                                           
               Le chardonneret ( El Meknin) va subir le même sort que la Séguia. Hélas! 

    La Séguia


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  •      Pratiquement, chaque samedi je traverse le quartier schettet de Laghouat. Ce quartier où j'ai passé toute ma jeunesse n'existe plus. Ses maisons chaudes en hiver et fraiches en été, ses maisons de terre si douces, si chaleureuses, si accueillantes, avec les arcades, la belle et grande cour où on faisait toujours pousser une vigne grimpante parfois un figuier et à son pied de la menthe où était accroché la guerba n'existent plus.  Ces maisons simples humaines avec leurs petites ruelles parfois en dédales ont été remplacées par des tonnes de béton, des battisses sans âme, inhumaines presque.  

         Ce quartier qui a été toujours mon quartier, le mien, a été vidé de son humanisme, c'est juste du parpaing, du ciment, sans âme où des étrangers à eux même et à moi entrent et sortent. Ce schettet où la totalité des légumes provenaient des jardins allaient dans toutes les maisons. C'était une honte que de vendre un légume. Ce quartier où les hommes et les femmes vivaient en grande famille harmonieuse, cette ville qui se nommait la ville des nobles, n'a plus rien de ce qu'elle a été. Le Schettet a été vidé de sa valeur humaine. C'est devenu un quartier et une ville sans âme.


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  •      Said est un retraité de la santé de la ville de Laghouat. Il a passé plus de la moitié de sa vie à soigner les gens dans un hôpital public. Il a marié tous ses enfants. Il avait  mis de coté une petite somme qui devait lui servir à faire le pèlerinage. Et comme il s'ennuyait de ne rien faire, lui qui a derrière lui une vie pleine, il  reprit le travail dans une clinique privée. Il s'occupait de la rééducation de plusieurs personnes parmi lesquelles il y avait un jeune garçon qui faisait beaucoup d'efforts et qui commençait à marcher un peu. Ce jeune garçon venait avec sa mère et Said faisait du bon boulot. Ils étaient complices. Une fois, à la fin de la séance, la vieille mère du jeune garçon  dit à said:

    - Qu' Allah te garde, Said, mais pour nous ( elle et son fils) c'est la dernière séance.

     Said a voulu savoir pourquoi mais la mère et son fils étaient déjà partis.

    Alors, il a pensé que le service rendu par la clinique n'était pas satisfaisant.

    Pendant ce temps des amis ont procuré un passeport spécial pèlerinage à notre fameux Said. C'était le plus beau cadeau pour lui car son souhait le plus cher était d'aller aux lieux saints avant de mourir. Il était décidé à y aller.

      Mais ce que lui avait dit la mère du garçon le faisait réfléchir alors il est allé à l'administration pour s'informer, alors il a su la vérité assez difficile à digérer: la mère voulait dire qu'elle n'avait plus les moyens pour payer les séances de rééducation à son fils.

      Ce jour là Said est rentré chez lui plus tard que d'habitude. Il n'était pas bien du tout. La nouvelle qu'il venait d'apprendre lui faisait mal, très mal. Il pensait beaucoup. Il se demandait s'il n' y avait pas de solution et le sort du jeune garçon pesait très lourd sur ses épaules. Il se sentait un peu responsable. En tout cas, il était impliqué jusqu'à la moelle. 

       Une fois chez lui, il était assez taciturne et sa femme sentait que quelque chose ne tournait pas rond. Il avait passé la soirée dans sa chambre. Seul, silencieux. Il réfléchissait. Il avait très mal dormi. Il cherchait une solution mais en vain. Le matin, sa femme, au courant de ce à quoi il pensait, lui  proposa d'aller voir le directeur peut être qu'il trouverait quelque chose. Mais le directeur lui  répondit qu'il ne pouvait rien faire , que lui même n'était qu'un employé et qu'en réalité il ne pouvait pas faire du social car il dirigeait un établissement qui doit être rentable.

        Il était rentré chez lui  fourbu, abattu, et surtout incapable d'aider ce garçon. Il avait passé une nuit blanche et le matin, il était décidé à utiliser les grands moyens. Il  prit à la hâte un café et se  dirigea vers la clinique. Une fois arrivé, il alla à l'administration paya avec l'argent qui devait lui servir au pèlerinage six mois de soins au jeune garçon et pria le comptable de garder le secret. Il se sentait soulagé. Il respirait mieux. Il était heureux d'avoir accompli un devoir, d'avoir accompli quelque chose de vraiment bien, il a rendu l'espoir à une personne qui l'avait perdu. 

         Il rentra chez lui, fit ses ablutions et se mit à prier  Allah.

        Quelques jours plus tard, le directeur l'appela. 

         En route, Said pensait qu'il devait y avoir un pépin mais son supérieur ne l'avait jamais appelé en urgence. «Ai - je commis une erreur ou peut etre une faute sans le savoir?»  pensait - il. Le chemin vers la clinique est devenue subitement long très long. Said s'impatientait.

        Une fois arrivé, tout se passa rapidement. Il était debout dans le bureau du directeur qui mettait un temps fou à parler et Said était accroché à ses lèvres. Il ne respirait plus. Il allait s'étouffait, lui un homme compétent et intègre qui n'avait jamais manqué à son devoir jamais. Enfin, le directeur l'invita à s'asseoir. 

         - Said, j'ai besoin de toi, le propriétaire de la clinique m'a téléphoné ce matin.

       Ça doit être grave. J'espère que ce n'est pas à cause de moi, pensa Said.

        Le directeur enleva ses lunettes, regarda son interlocuteur dans les yeux, il était décidé à parler. Il mit quelques secondes avant de dire :

          - Le propriétaire de la clinique va aller cette année en pèlerinage et comme il est malade, il a besoin d'un assistant médical, son infirmier habituel est parti en retraite alors j'ai pensé à toi. Qu'en penses tu?

          Ces paroles étouffaient Said. Il ne savait plus parler. Son cœur battait très fort. Il lui a fallu quelques bonnes minutes pour reprendre ses esprits et comprendre la situation.

       - Said, tu es l'homme de la situation. Tu veux peut être avoir  du temps pour réfléchir? 

         Sur ces paroles le directeur quitta son bureau pour laisser Said tout seul. Dix minutes après , le directeur revint et dit à Said qu' il s'agit là d'une chance pour lui de faire le pèlerinage et que tout sera payé bien sur en plus , il sera lui même payé alors Said sortit de son silence:

       - Non, non pas question que je sois payé, le pèlerinage me suffit.

       Tout fut arrangé et ils ont accompli le pèlerinage. 

       De retour, le propriétaire de l'hôpital,  sur la proposition de Said, a créé une caisse de solidarité pour les nécessiteux dans laquelle sera versé 5 % du revenu de la clinique.

         Said remerciait Allah car il a réussi trois bonnes actions. D'abord, il a accompli l'un des piliers de l'Islam. Puis, il a aidé un malade dans les lieux saints . Enfin et surtout , il a réussi quelque chose de vraiment extraordinaire, il a été la cause direct de la création de la dite caisse de solidarité.


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  •         Dans mon fameux quartier "Schettet El gharbi", je me rappelle, au bout de la rue Masson,  notre rue, ma rue qui porte toujours un nom français. Qui est - il, ce Masson ? Aucune idée d'ailleurs je m'en balance du moment que je la porte dans mon coeur et que je la raconte à mon fils. Donc au coin de cette fameuse rue, il y avait l'atelier du forgeron Si Hadj Ali que tout le monde aimait et respectait. Un homme fier de ce qu'il était et de ce qu'il faisait. Il faisait son travail avec beaucoup d'amour. Personnellement, j'ai appris en le regardant faire, que le travail est un honneur. Trapu, la cinquantaine passée, c'était l'homme qui a toujours travaillé et depuis son enfance. Une barbe grise, une voix claire, il marchait droit. Dans sa boutique assez exigüe, dans laquelle, un tas de fer était déposé pèle - mêle. Il gardait toujours les outils dont il se servait tout le temps à portée de la main. La forge était au beau milieu de l'atelier qui ressemble plus à un débarras qu'à autre chose. De temps en temps, quand il n'avait pas beaucoup de travail, il prenait la peine de préparer un thé dont l'odeur forte de la menthe  nous chatouillait les narines. 

                 Nous, les gamins du quartier, quand nous n'allions pas à l'école ou la Mahdra, nous prenions un plaisir fou à venir assister aux "opérations " de Hadj Ali. Il ferrait tout le temps un cheval ou un mulet. C'était tout un art. Le propriétaire de l'animal se mettait d'accord avec le maréchal - ferrant. La bête est conduite à l'autre bout de la rue. Hadj Ali, lui mettait une sorte de clé qui lui tenait fermement la lèvre inférieure. En somme, il s'agissait d'un bout de bâton auquel était attaché un morceau de corde. Ceci jouait le rôle d'une anesthésie, nous disait, Hadj Ali. Puis, majestueusement, il prenait la patte de l'animal et il se mettait au travail. Nous apprécions beaucoup ce qu'il faisait. Nous étions absorbés, rien ne nous échappait de la dite "opération". Nous sentions, dans ses gestes prompts, simples, adroits tout l'amour du métier. Nous avions l'impression que la patte de l'animal et même l'animal tout en entier ne faisait qu'un avec l'artisan à l'œuvre. Une fois le travail terminé, tel un artiste, prenait du recul pour voir son ouvrage. Il s'essuyait le front. Et il revenait dans son atelier pour se préparer un thé.

              Allah yarhamek ya Hadj Ali.

                 

       


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  •       J'ai beaucoup parlé du Schettet, le quartier où j'ai passé une bonne partie de ma vie, le berceau de ma jeunesse. Ce quartier que je ne reconnais plus et qui ne me reconnait plus. Je viens de découvrir, hélas, que ce n'est pas seulement ce quartier qui m'est devenu inconnu mais toute la ville de Laghouat. C'est devenue une ville sans cachet, sans âme.  Où est - elle, cette ville que nous appelions "le bled"? Où chaque jour, nous nous rencontrions dans la placette des oliviers " Rahbat azaitoune", totalement différente de l'actuelle. Nous prenions un thé à la menthe dans le café "Hadj Deni". Un thé , un vrai. Cette placette avait une âme, elle vivait en nous et nous en elle. C'était le cœur de la ville. Une ville que je ne reconnais plus. Elle a tellement changé. Vous allez me dire que c'est normal, c'est le progrès. Hé oui, le progrès qui a tout détruit sur son passage. C'est beau le progrès. Laghouat, la ville des nobles, Laghouat, la ville de l'hospitalité, qu'en reste -t- il ? C'est devenue, à l'image des autres villes du pays, une ville anonyme où l'intérêt a pris le dessus, où s'est installé un proverbe très nouveau "si tu as un sou, tu vaux un sou " ou encore, en falsifiant le Hadith  du prophète , que la prière et le salut soient sur lui, " Si celui qui demande la main de votre fille possède dinars et dollars acceptez qu'il soit votre beau fils".

         Quand je marche dans les rue de ma ville , Laghouat, j'ai l'impression d'être étranger dans ma ville. J'ai l'impression que quelque chose va m'arriver, il y a tellement de gens, de magasins, de voitures, de cris, de bruits. C'est devenu tout un monde, ma petite ville paisible. Je suis dans une ville inconnue. Une ville presque fantôme. Et quand je retrouve quelqu'un que je connais, j'ai l'impression de sortir la tête de sous l'eau.

              


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